« Toute société qui n’est pas éclairée par des philosophes est trompée par des charlatans » Condorcet
Au soir du premier tour, les sondeurs donnaient 280 députés RN dans la fourchette basse. Après une expérience de plus de 20 ans dans la vie publique, nous avons immédiatement senti que cela ne correspondait pas au pays.
Nous avons donc saisi (manuellement) tous les résultats à partir du site du ministère de l’Intérieur. Nous avons mis en place des coefficients de report de voix. Au vu de ce que l’ensemble de la presse et des instituts de sondage, nous avons retenu des hypothèses d’un « front républicain » modérées.
Ceux-ci ont été publiés sur ce blog et le score du RN et ses associés plafonnait à 212 parlementaires. Nous y mentionnions que 73 cas donnaient moins de 51,5% au vainqueur.
Nous avons saisi le second tour. Cela montre que 77 résultats sont contraires à l’équation purement arithmétique de la projection. L’écart entre celle-ci et le pourcentage réel pour les territoires ayant choisi un élu différent de celui issu du calcul, dont un chiffre de 4%.
Ceci veut donc dire que les scrutins indécis allaient jusqu’à un score de 52% (au lieu de 51,5). Cette simple variation modifie le nombre de consultations incertaines à 138.
Tout ceci montre la fragilité de la répartition parlementaire.
Après les chiffres bruts, les commentaires… que vous ne verrez pas souvent ailleurs !
Quid des instituts de sondage ?
Comment se fait-il que dans un petit bureau de province, nous ayons mieux senti ce qu’il se passait que dans des sociétés aux moyens de grands groupes ?
Ils auraient, de prime abord, mené leurs calculs sans aucun désistement. Cet aveu est une preuve de leur déconnexion du terrain. Partout en France, il y avait avant toute consigne nationale des candidats qui avaient prévenu de leur retrait personnel.
L’autre point qu’ils n’avaient pas vu venir, c’est la discipline à gauche. Dans un premier temps, les candidats ont respecté la directive dès qu’ils étaient en troisième position, et même parfois en seconde, pour faciliter le barrage. Et dans un second temps, les électeurs de gauche ont voté massivement pour les candidats opposés au RN. Leur méconnaissance de la vie politique à gauche et la schématisation des violences des propos contre la gauche dont il est répété à l’envi qu’elle serait extrémiste ont aveuglé leurs analystes.
Rare aura été la réaction des citoyens de ne pas se laisser entraîner dans ce qui est souvent des prophéties autoréalisatrices.
Le RN a beaucoup perdu et s’est peut-être disqualifié pour longtemps.
Le commentaire le plus entendu est « la prochaine fois ce sera la bonne ! ». Mais il serait pertinent de prendre les bons chiffres de comparaison pour bien comprendre que la défaite serait plus problématique que prévu pour l’ED.
Les éditorialistes avancent le doublement du nombre de députés RN. Soyons factuels. LE RN et ses nouveaux alliés autour de E. Ciotti disposent de 143 élus au lieu de 91. Cela signifie une augmentation de 57% seulement, ce serait moins de 50% avec la mise à part des proches de Ciotti. Ces expressions sont symptomatiques de la fascination du monde journalistique pour les partis totalitaires.
Mais le plafond de verre pourrait s’avérer plus bas que prévu. J. Bardella rabâche les 36 ou 37% réalisés par les candidats du RN le 7 juillet et présente ceci comme une progression depuis les Européennes. Ce premier élément prête à controverse, car le RN cumule les voix de Reconquète et des autres formations d’ED qui avoisinaient les 40% début juin.
Mais il faudrait pouvoir confronter avec une élection comparable. Et là rapprocher ce chiffre de celui du second tour de la présidentielle de 2022. À cette occasion M. Le Pen avait atteint 41,5%. Que s’est-il passé ?
Avec 36 %, le RN vient de perdre plus de 5%. En fait le ras-le-bol anti-Macron qui court le pays avant commencé avant 2022. M. Le Pen avait dépassé les 40% à l’époque, parce qu’elle avait un mauvais candidat face à elle et déjà largement remis en cause. Cela donne d’ailleurs une indication pour 2027. Si celui ou celle qui arrivera au second tour confronté au RN n’hystérise pas son discours, sa campagne, il réunira une forte majorité.
Ce parti est assez violent en interne. Il ne serait pas surprenant que des règlements de compte internes se fassent jour. Ciotti, plus tard comme Dupont-Aignan il y a 7 ans passeront aux oubliettes de l’histoire.
On peut comprendre que faire peur avec l’avènement d’une formation totalitaire pour « vendre du papier » est tentant ? C’est pour cela qu’il faut également remettre les chiffres bien en place.
La double défaite de Macron.
Macron pensait détruire la gauche par la précipitation de la dissolution. Il s’imaginait peut-être reprendre la main par un front républicain à son bénéfice exclusif. C’est perdu.
Mais une seconde défaite, idéologique, le concerne. Le camp dont la doctrine est la plus proche de la sienne toute personnelle est bel et bien celle du RN. Les incartades anciennes du locataire de L’Élysée du côté de De Villiers, de la confusion des discours autour de P. Pétain, ses comportements au moment des gilets jaunes, de la réforme des retraites ou de l’actualité en Nouvelle-Calédonie, sans rajouter le questions sur le droit du sol ou la loi immigration votée en chœur entre RN et Renaissance.
Le plan B passait certainement par le RN à Matignon. Avec, peut-être une option d’une seconde dissolution l’an prochain, avec, peut-être aussi, une compréhension réciproque entre ce président si autocrate et l’ED.
Il a perdu sur les deux tableaux.
Ensemble : le parti fantôme.
Lors de la promulgation des résultats, les commentateurs médusés ou horrifiés par la « victoire » relative de la gauche qui n’est pas leur tasse de thé ont immédiatement ressorti les éléments de langage du camp présidentiel. La France va à la ruine et surtout le NFP (Nouveau Front Populaire) est très divisé. En face, ils vantent la résistance du futur groupe Ensemble. Mais se présentent plusieurs écueils.
Division pour division, il est urgent de préciser que les « macroniens » sont découpés en trois formations : Renaissance, Horizons et le Modem, plus quelques centristes. Avant 21 h, il n’aura pas été difficile de comprendre que les clivages y étaient bien plus profonds qu’au sein du NFP qui a tenu un message unitaire par ses trois principaux représentants.
Dans le camp du château, E. Philippe, dont on ne sait même pas s’il a la capacité à construire un groupe parlementaire a produit une intervention de candidat à la plus haute fonction, pour évacuer le moment Macron. Aussi violent à l’égard du président, G. Attal qui « n’a pas souhaité la dissolution », joue son registre personnel. Tout le monde parisien ressasse que Darmanin, mène sa propre partition et F. Bayrou reste sur son Aventin. Cela fait beaucoup pour un potentiel si étroit.
Le plus étrange est la cécité des centristes dans la violence des discours qu’ils tiennent contre la gauche. Si ces électeurs (de gauche) n’avaient pas joué le front républicain comme un seul homme, le groupe n’aurait pas eu 50 députés. C’est ce genre de mépris vis-à-vis de ceux qui ne partagent aucune de leurs valeurs sauf le sauvetage de la démocratie qui les rend inaudibles.
Dès le lendemain, ils veulent exclure une partie de la gauche de tout partenariat. Si les seuls électeurs LFI de la consultation européenne ne s’étaient pas ralliés sur leur nom au second tour, plus de la moitié d’entre eux ne seraient plus au Palais Bourbon.
Il n’y a pas d’adhésion à ce parti, car il ne représente pas de ligne politique. Leurs votants du premier tour sont des citoyens qui ne souhaitent que de la stabilité, sans fond politique ou que rien ne change car tout va bien pour eux.
Le LR le premier gagnant du front républicain.
À regarder les reports de voix, ceux pour lesquels on est parfois allé au-delà des 100% des voix de gauche du premier tour sont les candidats de cette formation qui n’ont pas suivi E. Ciotti, y compris O. Marleix (regardez ici son retard au premier tour et son plein des voix de gauche au second). Autant certains centristes ont subi les foudres de l’accusation d’onction présidentielle, autant les LR sont plus distants de l’Élysée.
En revanche, il est évident que ses électeurs n’ont pas du tout adopté une attitude réciproque. Très explicitement ceux-ci ne votent pas ou peu pour le NFP.
Dans une logique de crise, si le NFP ne les soutient plus, ils ne seraient guère plus d’une vingtaine à siéger.
La conclusion des urnes.
Les électeurs du 7 juillet se sont comportés comme pour un second tour de présidentielle dans chaque territoire. Très clairement, il n’y a pas de gagnants. Seuls, deux grands vaincus apparaissent :
- Le président devenu une personne seule récusée par ses propres troupes.
- Le RN qui perd 5 à 6 points par rapport à 2022 et que la mobilisation importante d’hier a renvoyé à ses démons et des candidats infréquentables.
Mais le plus compliqué vient du message induit. Les électeurs demandent donc à tous les autres de s’entendre dans un système et une culture d’affrontement qui n’est pas du tout adaptée à cela.
Le spectacle depuis le 7 juillet à 20 h donne à penser de l’incapacité de cette classe politique à changer de paradigme.


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