
Les élections ou comment permettre à une minorité de toujours diriger !
Nous pourrions commencer avec quelques chiffres. Nous rappellerions ici quel est le pourcentage d’inscrits sur les listes électorales qui ont porté au pouvoir les derniers présidents français, entre parenthèses, c’est la proportion de ceux qui l’avaient choisi au premier tour.
Macron 2022 : 38,5% (20%)
Macron 2017 : 43,6% (18,2%)
Hollande 2012 : 39,1% (22,3%)
Sarkozy 2007 : 42,6% (25,7%)
Chirac 2002 : 62% (13,7%)
Chirac 1995 : 39,4% (15,8%)
Mitterrand 1988 : 43,8% (27,2%)
Mitterrand 1981 : 43,2% (20,6%)
Giscard d’Estaing 1974 : 43,7% (27,2%) Mitterrand au premier tour (36,1%)
Ces chiffres, des 50 dernières années, ne sont pas connus. Ils ne sont publiés nulle part. Nous avons dû reprendre les résultats un par un. Que remarque-t-on ?
En dehors du cas très particulier de 2002, jamais un président français n’a été choisi par la majorité des inscrits sur les listes électorales. Tout au plus, les scores tangentent avec les 40%. Mais le plus significatif tient aux chiffres des premiers tours. Très peu de candidats ont franchi la barre des 25%. Cela veut donc dire qu’à ce moment-là de la démocratie représentative, les ¾ de nos compatriotes n’ont pas voté pour celui qui allait devenir le premier d’entre eux deux semaines plus tard.
D’ailleurs le scrutin de 2002 réserve une autre surprise. La réélection de Chirac comporte deux particularités. Il apparaît comme celui qui aura fait le plus gros score dépassant les 80% des exprimés ou ici, 62% des inscrits. Il eût été plus juste de constater qu’il est aussi celui qui aura recueilli le moins d’assentiment lors du premier tour avec 13,7%. Pour l’anecdote, le candidat qui aura réuni le plus meilleur pourcentage à un premier tour est F. Mitterrand qui allait pourtant perdre en 1974.
Les absents ont toujours tort !
Le jugement lapidaire à propos des abstentionnistes n’est-il pas un peu trop rapide. Après tout, ils peuvent ne pas voter, car ils n’acceptent pas le système, qu’ils ne croient pas à l’utilité de leur contribution.
Une tentation existe : « celui qui n’a pas participé n’aurait qu’à la fermer ! » Il ne faudrait pas se dispenser du danger qu’avait pointé Tocqueville : « la tyrannie de la majorité ». Cette tyrannie provient de l’oubli de l’intérêt général et de la pénalisation de certaines parties de la population dans un système représentatif. J. Chirac aura été un des plus grands fautifs. Distrait de qui étaient ses électeurs du second tour, il a mené la politique qui avait été adoubée par 13,7% seulement. E.Macron allait répéter cette même faute. En 2022, la faute s’est alourdi du cynisme de son discours de soir de victoire reconnaissant faussement qu’il savait à qui il la devait !
Non les absents n’ont pas tort. Les dirigeants minoritaires se parant de leur « légitimité démocratique » et qui abusent de leur pouvoir tuent la démocratie représentative actuelle.

Répondre à Les affres de la démocratie délégataire – Filigrane Annuler la réponse.