L’impasse de l’union impossible à gauche : le cas DELGA en région.

D’où vient cette posture ? Comment le système électoral influence-t-il les prises de position des femmes et des hommes politiques de ce pays ?

Un enchaînement de scrutins qui ira vers le plus grand isolement

En 2021, sans implantation de LFI dans la région, un taux de participation très faible, Carole Delga se retrouve dans une situation très confortable au soir du premier tour (39%). À cette époque elle n’était pas encore à ce point l’égérie de l’aile droite du PS. Les écologistes et La France Insoumise divisés n’atteignaient ni les uns ni les autres le cap des 10%, elle se propose de ne pas les intégrer à sa liste pour le second tour.

Il lui était donc aisé de se parer de clarté et de gagner « seule » la Région. Elle va devenir la présidente « la mieux élue de France ». Pourtant, au second tour, à peine un électeur inscrit sur cinq se portera sur elle. Ce « plébiscite » allait être son piège. Depuis lors, elle est la chantre de cette posture.

Elle ne va pas s’impliquer outre mesure dans la campagne de Anne Hidalgo. Des 597.000 électeurs qui s’étaient portés sur Delga en 2021, il n’en restera que 77.000 pour la maire de Paris. Les logiques politiques ne fonctionnent jamais par addition ou transferts de voix. En France, chaque mode d’élection induit des comportements auprès des citoyens. Un scrutin majoritaire à deux tours n’a rien à voir avec une proportionnelle. 

Sont venues, par la suite, les législatives 2022 et la généralisation des « candidats Delga » contre l’union de la gauche (nommée NUPES en son temps). Ils ont tous perdu en dehors de ceux qui ont été soutenus par la NUPES, avec de très faibles scores un peu partout en Occitanie.

Déjà une première vraie scission va se faire jour avec S. Vincini, patron du PS haut-garonnais, qui comptait parmi les négociateurs pour le compte du PS dans la construction de la NUPES. Cela va se retrouver pour le vote interne au PS du congrès de 2023 où la motion de C. Delga sortira minoritaire dans sa propre fédération.

En 2024, la posture singulière de l’isolement de C. Delga (et de F. Hollande) va mettre la pédale douce face à la nécessité de sauver la partie avec le NFP (Nouveau Front Populaire).

Le cas de F. Hollande est d’ailleurs pittoresque. Le plus virulent contre le rapprochement avec une gauche radicale n’aurait pas été élu député sans les voix de LFI.

Il aurait fallu voir dans la défaite de V. Rabault à cette occasion un signal faible supplémentaire de l’erreur originelle. Les trois députés RN dans l’Aude, ex-bastion socialiste, en sont un autre. Ces derniers ont profité de la scission de 2022 pour confirmer l’implantation d’extrême droite deux ans plus tard.

Et les citoyens dans tout cela ?

Toutes les études d’opinion – même si l’on doit être très prudent avec les sondages dont cette consultation montre encore une fois les limites – indiquent que la très grande majorité des électeurs de deux gauches souhaitent l’union, y compris contre l’avis de leur origine dans ce camp.

Et s’il est une constante dans les scrutins, c’est bien le rejet de ceux qui apparaissent comme étant les diviseurs.  Et le premier tour des municipales est venu porter la sanction. Il n’aura pas fait bon être « delgaiste » le 15 mars.

Le cas de Martres-Tolosane pourrait paraître anecdotique s’il n’était pas une pointe émergée d’une litanie de contre-performances très fortement symboliques. 

Que dire de Figeac ? La liste de droite manque son élection au premier tour de quelques dizaines de voix.

À Millau, l’ancienne vice-présidente de région Occitanie, maire sortante PS est battue dès le premier tour, tout comme l’actuel vice-président au tourisme, le radical de gauche Vincent Garel l’est sèchement à Aiguefonde dans le Tarn.

Le cas du Tarn ou la même difficulté pour C. Ramond aligné sur la ligne Delga.

Dans ce département, tenu par C. Ramond, très proche de la présidente de région, les résultats sont encore plus cinglants. Car, outre le cas de V. Garel, c’est M. Cuculières à Labruguière, également défait à près de 66% toujours dans le sud du Tarn.

Aussillon conserve un maire socialiste d’une commune de plus 3.500 h dans le Tarn le 15 mars.

Seul, F. Bouyssié à Carmaux est en tête. Mais il faut noter que, dans les compétitions internes des congrès du PS, ce dernier était dans l’opposition à C. Ramond et faisait partie des soutiens directs de la NUPES dès 2022.

En dehors de ces deux exceptions, ce sont l’ensemble des candidats socialistes qui ont disparu du paysage des deux premières places du scrutin de ce 15 mars. Le maire sortant de Graulhet, (soutenu par la députée européenne C. Fita, également conseillère régionale PS), n’arrive qu’en troisième position, contraint de démissionner pour tenter d’empêcher une prise de la cité mégissière par le RN.

À Albi, le PS arrive en quatrième position ; il ne comptera plus d’élus dans la préfecture, et même en sixième position à Castres. 

Toulouse

Mais le cas le plus flagrant demeure Toulouse. Seule ville de Midi-Pyrénées où plusieurs sondages ont eu lieu, le candidat PS devait se retrouver aux coude à coude avec le maire sortant, voire un peu devant. Dans certaines études, celui de LFI avait près de dix points de retard sur son concurrent PS. Nous devrons un jour revenir sur la systématisation, toujours à la baisse de la gauche radicale des enquêtes d’opinion et de leurs propriétaires.

Il n’aura pas fallu attendre 24 h pour que F. Briançon scelle un accord pour un second tour en commun, ne renouvelant pas le cafouillage de la VP de région Nadia Pellefigue en 2020. La tête de liste socialiste à Toulouse ne fait pas partie du camp delgaiste au sein du PS. Plus unioniste à gauche, il lâche la ligne politique de celle qui va être consignée à être la perdante de Martres.

La Région Occitanie

La stratégie de C. Delga peut devenir mortifère pour la gauche lors des régionales. Personne ne sait s’il y aura une liste commune Verts-LFI à cette occasion. Mais il y a fort à parier que les 39% de celle qui incarnait le PS avec le soutien du groupe de presse de J.M. Baylet ne retrouveront pas un tel niveau. Concernant le RN avec ses bastions languedociens, il s’approchera des 30%. L’extrapolation des bilans du 15 mars soir donnerait une petite avance au RN devant un PS représenté par C. Delga. Le syndrome de la toute-puissance des 39% du premier tour de 2021 pourrait être fatal.

Le discours de diabolisation de la gauche va devenir une impasse. 

Je prends les précautions ci-après : 

  1. Les électeurs ne suivent pas d’un scrutin sur l’autre la même tête de liste ou la même étiquette.
  2. Les modes électoraux de ces deux scrutins ne sont pas les mêmes.

Pour fournir une illustration, je voudrais rappeler le résultat de LFI aux régionales de 2021 sur Toulouse : 6.000 voix. Celui de F. Piquemal au premier tour des municipales est de 43.000. Si la France Insoumise investit cette élection – ce qui n’avait pas été le cas en 2020 – et si elle propose une union avec les Verts, il y a fort à parier d’un score supérieur aux 20%.

Si tel est le cas, il deviendra urgent de se parler, car rien ne garantit qu’une liste LR ou Renaissance (si ces formations politiques existent toujours) atteignent les 10%, laissant ainsi leurs électeurs choisir entre l’extrême droite ou un rassemblement plus démocratique

En réaction aux conditions nationales (présidentielles et législatives de 2027), même si cela apparaît comme peu probable, qui sait si C. Delga ne subira pas l’avanie d’arriver en troisième position. Dans les deux cas, la question du travail en commun devrait être intégrée dès aujourd’hui.

Qu’y a-t-il de vrai, de faux dans cette stratégie ?

(Plus on irait vers la gauche de l’échiquier, moins il y aurait d’élu ?)

Le postulat de base tient dans une équation simple : plus un candidat est à gauche, plus, il est difficile de le faire élire. Cela a pu être vérifié lors des législatives 2024 avec les candidats NFP (Nouveau Front Populaire). Dans cette échelle de valeurs, LFI et Les Verts sont considérés comme étant le plus à gauche, le PC un peu moins et le PS encore moins. A bien analyser les chiffres des 2 tours de la législatives, ce point se vérifie.

Mais cela entraîne une conséquence catastrophique pour l’ensemble si l’on suit l’argument « d’efficacité » de l’aile droite du PS

En effet, si l’ensemble de la gauche veut avoir le meilleur résultat possible, il ne faudrait donc présenter que des candidats PS. Présenter les autres variantes donnerait moins d’élus. Le PS préempte que les électeurs plus à gauche que les leurs suivront dans les urnes, ce qu’ils font d’ailleurs. Ils contribuent plus que les électeurs de la gauche modérée au fameux « front républicain ».

En cela cette stratégie rejoint celle qui fut celle de F. Mitterrand laminant petit à petit le PC. Cette tendance fût souvent appelée la dimension hégémoniste du PS. Et d’ailleurs, à l’intérieur même des courants du PS, il y a avait cette même dichotomie entre les motions ou textes majoritaires qui se voulaient hégémonistes par rapports aux minoritaires de la formation

Le raisonnement des tenants actuels du non-alignement vis-à-vis de LFI est cette lunette du passé.

Alors quel en serait le défaut ? Que s’est-il passé ?

La rythme de la vie politique française est rythmé par la présidentielle. Ce système « hégémoniste » a bien fonctionné jusqu’aux années Jospin alors que les premiers coups de canif remontent 20 ans auparavant. En 1983, ce que l’on a appelé « le tournant de la rigueur », marque un changement d’orientation politique libéral du PS. On ne va questionner ici du bien-fondé économique ou non de ce changement de pied. Mais la promesse initiale de 81 a été une première fois trahie. Dès 1984, le Front National engrangeait ses premiers succès médiatiques. Tant bien que mal, le pays marqué par un bipartisme droite gauche fonctionne tant bien que mal en alternance. Personne ne considère comme une anomalie que chaque camp qui gagne une consultation nationale va perdre la suivante. L’accusation « la droite et la gauche, c’est la même chose » va gagner du terrain. L’extrême droite va progresser, jusqu’à l’accident industriel de 2002 et la présence de JM Le Pen au second tour à cause d’une multitude de postulants à gauche. Jospin aurait certainement gagné 2002 s’il avait été au second tour tant J. Chirac était déjà usé, mais il s’agit d’une dystopie dont on ne connaîtra jamais le sort.

Ici vont démarrer une variante moderne des présidents-rois maudits. Les témoignages récents révèlent la difficile fin de mandat qui fût la sienne, et la haine envers celui qui dans son camp, va prendre sa place et devenir le premier président d’une forme d’extrême-droite assumée. La brutalisation de la vie politique, les insultes (casse-toi pauvre con !) ne sont pas une innovation de la gauche radicale, mais bien de la droite traditionnelle, de plus en plus conservatrice. La France ira jusqu’à provoquer une guerre en Lybie dont on ne sait pas à ce jour la part de motivations privées qui pourraient en avoir été à l’origine. Et surtout entre le référendum de 2005 et le traité de Lisbonne de 2007, la droite signifie à son peuple l’inutilité de la base démocratique : le vote. Le comble tient dans ce que ce soit le camp qui se réclame du Gaullisme tout en foulant aux pieds l’ensemble de ces préceptes qui va ringardisé l’outil référendaire qu’utilisait le Général.

Le passage de « l’ennemi de la finance » à L’Elysée va accentuer cette nouvelle version des thèses trumpistes avant l’heure sur l’inefficacité de l’état et pire encore celui de la démocratie. La déchéance de la nationalité, le retour d’une version moderne des lois scélérates de la fin du XIX ème siècle par B. Cazeneuve sont des marqueurs de politique d’extrême droite portés par des socialistes. Et, pour ce qui concerne le camp de la seule gauche, la stratégie hégémoniste va tomber en panne en 2017 à l’occasion des primaires socialistes. Passons sur l’anomalie de la non-candidature de F. Hollande pourtant président en exercice. A la surprise générale des sondages, ce n’est pas le candidat espéré par le « camp majoritaire » ou « hégémoniste » du PS qui va gagner, mais le leader de ce que F. Hollande mauvais perdant va nommer « les frondeurs ». Ces députés, au demeurant fort peu nombreux vont trouver un écho dans la population qui va choisir son candidat pour l’élection présidentielle.

A l’occasion de cette primaire, tous les postulants s’engagent à soutenir celui qui sera choisi par le processus. Ce sera Benoit Hamon qui sortira vainqueur.

L’on va retenir de cet épisode la « trahison » de 3 des 5 concurrents à cette compétition dont celui qui restera comme le traître le plus célèbre, à savoir Manuel Valls. François de Rugy et François Pinel rejoindront aussi le bateau macroniste, et surtout on comprend que F. Hollande ne soutiendra pas ce frondeur face à celui l’a trahi, lui : E. Macron.

Ce que l’on aurait dû retenir de cette consultation qui a tout de même réunion près de 2,5 millions de français ?

C’est qu’à l’intérieur de la gauche, la classification initiale « plus on est à gauche, moins il est facile de se faire élire » ne marchait plus quand on fait appel aux seuls électeurs de son camp.

A partir de là, la suite s’explique beaucoup mieux.

Hamon allait être pris entre ceux qui allaient le trahir par la droite du côté d’E. Macron et ceux de ses propres électeurs qui allaient trouver quelque de plus à gauche encore avec le Front de Gauche de JL Mélenchon. Il paraît que ces deux ex-PS se sont rencontrés et que Hamon aurait pu retirer sa candidature… Certainement qu’une autre dystopie reste à écrire.

Et depuis, le PS ne représente plus grand chose au niveau national. Par deux fois aux européennes, craignant de ne pas atteindre la barre fatidique des 5%, le PS ne présente pas de candidat tête de liste aux européennes. Ils se sont rendus prisonniers d’une icone san parti en la personne d’un R. Glucksmann qui cherche une opportunité semblable à celle de E. Macron. Aux présidentielles, la formation née à Epinay en 71 a bien été obligé de proposer quelqu’un. Ce fut Anne Hidalgo qui obtiendra un score inférieur à 2%.

C’est là que le système des élections locales joue comme un miroir aux alouettes. Ces scrutins sont des trompes l’œil au  niveau national. Le PS et Les Républicains règnent en maître aux municipales, même si 2026 sonne comme un signal de fin de cycle pour ces deux anciens géants de la vie politique française. Mais c’est oublier que la somme des voix de ces 2 formations ne fait pas 7% aux présidentielles de 2022. Le phénomène de sortants ou des équipes en place permet de prolonger des mandats… Mais pour cela il faut une condition, c’est que le premier tour suffise à tenir sa place pour être encore présent pour le second.

Là, les électeurs ne suivent plus. Le vote utile du premier tour est en train de changer. Cela met du temps, mais il change. 

Et donc le théorème simpliste «  moins on est à gauche, plus on gagne » s’enraye.

Alors où se trouve la solution ?

IL n’y aurait qu’une seule grande fédération de toutes les composantes de la gauche avec des statuts superbement bien rédigés tout irait dans le meilleur des mondes. Mais le système très peu démocratique de la cinquième République induit un président fort qui peut ne pas partager son pouvoir avec sa propre formation politique. Et depuis Macron qui peut même gouverner contre son peuple et sa représentation.

En attendant un autre texte et pour faire avec l’actuelle Constitution et son mode de désignation électoral actuel, il est urgent qu’une plus grande solidarité s’installe entre les principales formations de la gauche. Voir se partitionner en deux fractions « irréconciliables » est suicidaire pour les deux camps de cette gauche. Jouer au jeu de la désignation extrémiste de LFI par des socialistes consiste à oublier par ses derniers qu’une fois LFI interdit de parole, ce sera leur tour de devenir les extrémistes des autres.

Aujourd’hui, il traîne dans les media cette expression imbécile de l’arc républicain. Qui définit ce qui est républicain ou pas ? En revanche il existe un autre critère bien plus simple à mettre en place pour définir un arc démocratique : la remise en cause de l’état de droit.

A l’aune de l’actualité internationale, cela semblerait se diviser entre une « racaille trumpiste » et le reste du monde. Ce point de vue est trop facile à stigmatiser. Celui qui se bornerait à cela serait qualifier « d’anti-américanisme » de base. Il ne faut jamais oublier que ce fameux reste du monde est truffé de gens qui abhorrent les états de droit et la démocratie : Poutine, Xi, mais aussi les mollah, mais aussi les pétromonarchies toutes plus dictatoriales et corrompues les unes que les autres, mais aussi Erdogan, Orban, Netanyahou. La liste est longue de ceux qui s’assoient sur des principes, sur le droit international. Et comme rien n’est jamais simple, Nos Sarkozy et Hollande qui vont faire la guerre en Lybie et au Mali ne nous ont-ils pas fait glisser du mauvais côté de l’histoire.

La gauche française, plus encore la gauche européenne doit donc conserver sa diversité. Le plus compliqué sera qu’elle sache organiser son unité.

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