Sensationnalisme de la « sondagerie ».

Ouest-France, le leader de la PQR (Presse quotidienne régionale), s’interdit à toute publication et commentaire de sondages 6 mois avant chaque élection. L’absence de fiabilité, leur caractère autoréalisateur et l’effet que cela peut induire sur le comportement des votes sont autant de bonnes raisons que je partage avec ce grand journal, un des derniers indépendants.

Les conclusions sont très souvent fausses. L’expérience a prouvé que les marges d’erreur sont « défoncées ». Le canard enchaîné (indépendant aussi) ressort régulièrement les sondages d’avant élection face à la cruauté des résultats réels.

Ici nous en avons un sur les maires où même les questions n’ont pas de sens au vu des personnes interrogées.

https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/elections-municipales-2026-55-des-francais-souhaitent-un-nouveau-maire-dans-leur-commune

On lit que l’organisme en a sollicité un millier à travers la France pour savoir si le bon peuple voulait garder son premier magistrat. C’est l’actualité, les municipales se profilent et la plupart des media n’ont rien investigué du pays. Il est urgent de trouver une bouée de secours : « achetons un sondage » a dû se dire une rédaction.

Pour vous dégourdir les neurones, prenons le temps d’analyser la situation. La question posée serait « souhaitez-vous conserver votre maire ou préférez-vous en changer ? » Et la réponse serait que 44 % garderaient volontiers leur édile, mais 55 % n’en veulent plus.

Alors maintenant, on va pouvoir inviter les toutologues de plateaux pour avoir des avis sur ces chiffres forcément inquiétants… car, dans l’information sondagière, tout vient de l’inquiétude de la surprise !

À mon tour de poser quelques questions aux questionneurs.

Ont-ils interrogé des Français dans des communes où l’élu en place ne se représente pas ?

Par exemple, à Paris, Anne Hidalgo ne se représente pas. La question n’a aucun sens pour les Parisiens. Leur avis ne peut pas être pris en compte. D’après les premières estimations (et pas des sondages) un tiers ne se représentent pas. Rien n’indique dans le sondage qu’il n’aura été administré qu’aux seuls électeurs où les maires sont à nouveau candidats. Pour un résultat moins faux, il faudrait donc retirer un peu plus de 300 réponses sur le millier interrogé.

Mais il y a un biais bien plus grand encore. Est-ce que la réponse pour le maire de la commune A vaut pour la commune B ? « Le maire » en France, cela ne veut rien dire. Le Président de la République, cela existe. Il n’y en a qu’un et tout le monde le connaît. Rappelons ici qu’il y a 35.000 municipalités dans le pays.

Et revenons maintenant à l’échantillon. Il y a en France 18.000 communes de moins de 500 habitants avoisinant les 5 millions d’habitants. Les 10 plus grosses communes abritent 6 millions de compatriotes. Si le sondage n’est pas trop mal fait, près de 10% des sondés sont de ces 10 villes et 8% des interviewés touchent plus 50% des maires de France.

(Pour mémoire, 31.600 communes ont moins de 3.500 h et concentrent 33% de la population du pays. Le raisonnement vaut au-delà des communes de moins de 500 h.)

En réalité, le sondage pour la moitié des édiles français a été mené à partir d’un « échantillon représentatif » de 80 personnes, et dont un tiers concerne des communes dans lesquelles le maire ne se représente pas.

Par ailleurs, dans mon département, environ les ¾ des scrutins ne verront qu’une liste au bureau de vote. En revanche, dans les grandes villes et à plus forte raison dans les 10 plus grandes, il y a pléthore de candidats. Aucun maire dans ces 10 villes ne sera élu au premier tour, peu atteindront les 40%. Donc, les sondés de ces villes surreprésentées dans cette enquête sont le plus normalement du monde enclin à vouloir changer de maire (rappel : les maires de Paris et Lille qui font partie de ces 10, ne se représentent pas).

La conclusion de cette blague :

  1. On n’a aucune étude sérieuse pour la moitié des villes de France qui reposerait sur un échantillon représentatif. On peut envoyer ce résultat à Ouest-France, cela confortera leur position.
  2. Dans les grandes villes, il risque fort de ne pas avoir de maires réélus au premier tour… Ce que tout le monde sait déjà sans avoir à dépenser le coût d’un sondage.

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