Le paradoxe de Jevons

Connaissez-vous William Stanley Jevons ?

Non ! Quel dommage !

Jevons était un économiste anglais du milieu du 19e siècle qui s’est intéressé plus particulièrement à l’industrie du charbon. Contemporain de James Watt (celui du kilowatt), il va modéliser un comportement et un phénomène de consommation que l’on qualifie aujourd’hui de paradoxe de Jevons.

Quelques mots d’explications :

James Watt a perfectionné de manière très spectaculaire le « rendement du charbon pour produire du fer (donc des rails, donc des machines à vapeur, etc.). En moins d’un quart de siècle pour une tonne de fer,  3 fois moins de charbon sera nécessaire, une baisse de 66%. Celui-ci avait répondu à une demande du gouvernement britannique qui s’inquiétait de l’épuisement potentiel des mines du Pays de Galles.

Dans ce même laps de temps, l’exploitation du charbon aura été multipliée par 10. Puisque le fer devenait moins cher, il devenait plus rentable d’investir dans les lignes de chemin de fer, les trains, et le prix des transports de marchandises et de voyageurs pouvait diminuer d’autant, entraînant de fait des clients supplémentaires. Plus une industrie devient efficace dans l’usage d’une ressource, plus la consommation de celle-ci va s’accélérer. Jevons avait prévu de ce mécanisme.

On appelle cela l’effet rebond. Cela s’applique partout, aucun politique depuis bientôt deux ans n’en tient compte. Je ne sais pas combien connaissent l’existence de cette règle maintenant ancienne.

D’un bond, quittons les mines galloises pour surfer sur la nouvelle folie du moment : l’intelligence artificielle. La consommation énergétique actuelle de l’IA équivaudrait à celle du Japon et ses plus de 120 millions habitants.

Un empêcheur d’être artificiellement intelligents en rond est sorti de Chine : DeepSeek. Je ne suis pas assez expert pour mesurer le détail du jeu qu’il va casser, mais, il porte une information qui a parasité un peu les effets d’annonce du « sommet » parisien, il devrait nécessiter beaucoup moins d’énergie.

Si tel est le cas, il n’y aura pas d’exception à la règle, la consommation énergétique dédiée à ce secteur va devoir être beaucoup plus importante que prévu. J’ai bien lu que les industriels du monde entier voudraient à tout prix venir en France pour notre énergie si bon marché et si propre. On parle là du nucléaire et des fameux 6 EPR à venir. S’ils étaient opérationnels en 2040, rien ne dit vraiment à cette heure qu’ils seraient suffisants pour absorber les besoins de consommations énergétiques à venir des seuls français et des usages qu’ils feront de l’électricité. N’imaginons pas qu’en plus tout le parc de voitures ait basculé vers cette énergie, les EPR et les parcs éoliens off-shore et un décuplement du photovoltaïque n’y satisferait pas.

Personne ne « désinventera » DeepSeek ou une autre future innovation « économe » en énergie. La folie est de croire qu’il y aura de kilowattheure pour tout le monde. La règle est là depuis bientôt 200 ans.À l’époque, Jevons avait dénoncé une économie uniquement fondée sur le charbon. Ses conclusions proposaient la modération et la réduction de la consommation de la ressource. « Nous devons choisir entre une grandeur brève et une médiocrité continuée plus longtemps » (source D. Bourg et A. Papaux dans le dictionnaire de la pensée écologique). Cet homme est toujours d’actualité.

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