Les lignes rougEs

La dépasser quand elle était blanche était déjà un problème. Plus tard, certainement, pour insister, on a changé de couleur, et devenues jaunes, c’est que c’était grave. Mais aujourd’hui, ne résistant à aucune folie, tout un chacun s’emploie à détecter quelles sont les lignes rouges qu’il ne faut pas franchir.

En politique et par ce système de désignation électorale, il est primordial d’être celui qui est le plus pur.

Comme dans l’allégorie de la paille et de la poutre, la couleur de la ligne est plus facile à voir chez les autres que dans son camp. Longtemps, celle à ne pas déborder était celle qui faisait basculer dans l’extrême droite. Le bloc présidentiel – et il faut bien le souligner, une bonne partie des médias – s’est employé à en tracer une nouvelle à ne pas dépasser puisqu’il y aurait eu 2 extrêmes. Ceci est d’autant plus drôle que les actes politiques commis par les gouvernements Macron ont franchi des lignes qui étaient loin d’être en pointillés, que ce soit sur la loi immigration, ou encore pour la réforme des retraites. 

Les urnes sont à peine refermées et déjà tout un chacun dit ce que les Français ont voulu dire. Avouons que les courbes des sondages se sont quant à elles bien entremêlées. Celui qui devait arriver en tête a fini 3e, Le 2d est premier. Enfin, le 3e et bon, dernier truste la deuxième marche juste derrière le premier.

Le camp centriste ne doit sa survie que grâce à l’adjonction de voix de gauche et pour tout dire LFI. Manifestement, ceux qui se qualifient de professionnels de la politique n’ont pas bien perçu cette partie-là du 2d tour. Il dessine le nouveau paysage idéal de leur situation. Gérald Darmanin ne veut pas de LFI. Je ne sais pas s’il s’est posé la question, mais est-ce que l’ensemble de la gauche a envie de Darmanin ? Édouard Philippe est clair, alors qu’il n’a qu’une vingtaine de députés, il s’est trouvé légitime pour se présenter comme le futur président de la République. Il veut bien travailler avec un arc républicain. Dans le même temps, il n’a toujours pas dit qu’elle était le menu au repas qu’il a pris avec Madame le Pen. Ne serait-il pas naturel que des gens à gauche replacent une ligne rouge pour écarter ce genre d’individu ?

Ne comptez pas sur moi pour tracer de nouvelles frontières. Ce qui est à remettre en cause, c’est ce système électoral. Il rend fou.

Initialement, il a été pensé pour qu’une minorité de la population puisse avoir la majorité du pouvoir. Il faut le reconnaître, cela a bien fonctionné pendant une cinquantaine d’années. C’était injuste, mais bizarrement assez bien toléré. Maintenant, c’est toujours aussi injuste, mais les Français ne le tolèrent plus du tout. Et donc on est allé jusqu’au bout de la logique du scrutin uninominal à 2 tours. Pour être élu, appartenir à un appareil est essentiel. Ces derniers rivalisent d’ingéniosité pour présenter les meilleurs ou les pires d’entre eux.

En tout cas, une chose est claire, la société civile ne peut pas y trouver sa place. Pire encore, ceux qui s’en prévalent servent de faire-valoir.

Seules 2 options seraient préférables.

La proportionnelle permettrait à chacun d’avoir son programme et à chacun de se positionner. Il est très intéressant de remarquer que sur les 15% environ de gens qui ont voté pour Raphaël Glucksmann, 1/3 d’entre eux a rejoint les rangs de la macronie.

Prenons pour hypothèse, un scrutin proportionnel intégral avec un seuil minimal de 2% (plus démocratique que les 5% indispensables pour l’Europe) basé sur les scores du 9 juin.

Cela aurait donné l’assemblée suivante

  • RN : 191 sièges
  • Ensemble : 89 sièges
  • PS : 84 sièges
  • LFI : 60 sièges
  • LR : 44 sièges
  • EELV : 34 sièges
  • Reconquête : 33 sièges
  • PC : 14 sièges
  • All. Rurale : 14 sièges
  • P. Animaliste : 12 sièges

Le grand perdant est l’extrême droite qui aurait compté 224 députés. L’ensemble de la gauche avec 192 aurait peu ou prou la même proportion qu’aujourd’hui. Les grands vainqueurs avec le système sont les LR qui auraient eu là 20 représentants de moins. Mais surtout les grands gagnants de ce jeu sont la galaxie cosmopolite présidentielle qui aurait eu moitié moins de parlementaires en pareil cas.

L’assemblée est bien capable de se déterminer pour une part de proportionnelle. Je ne crois pas que c’est un bon système. Comment représenter les territoires ultramarins ? Comment éviter que les premières ne soient trustées par les ténors ou les affidés de chaque tendance des formations en compétition ?

Le mérite prépondérant tient à la plus grande légitimité entre l’élu et leurs votants.

Par ce biais, nous n’aurions que des vrais pros de la politique. Pas sûr que ce soit un gage de meilleure gestion de l’intérêt général.

Le tirage au sort proposerait d’autres avantages.

La participation serait par nature de 100% puisque tout un chacun pourrait être élu, tout comme il serait libre d’accepter ou pas sa désignation. Celle-ci serait paritaire homme femme, représentative dans les âges, les lieux d’origine, les conditions de vie personnelles.

L’absence d’oukase serait le plus gros atout d’une telle assemblée. Finie la graduation de la colorimétrie des lignes de partage.

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