« Les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n’ont rien. » Jean-Jacques Rousseau
J’avais toujours trouvé étranges les règles électorales anglaises. Leur scrutin en un seul jour où celui qui arrive en tête devient parlementaire m’avait paru fort peu démocratique.
Je m’en suis ouvert avec un ami britannique pensant obtenir son accord sur la supériorité de « notre » démocratie représentative. Sa réponse fut toute autre. Pour lui, c’est notre système à deux tours qui est antidémocratique. « Depuis une cinquantaine d’années que je suis vos élections, je vous vois toujours voter contre », m’a-t-il dit.
Les mœurs politiques sont induites par les textes qui organisent notre représentation. La constitution française imaginée en pleine guerre d’Algérie, dans un contexte de guerre froide, était fort peu démocratique. Comme expliqué dans ce post, les présidents successifs, depuis 50 ans, n’ont jamais été choisis par plus du quart des Français. Ceci est courant dans le monde.
Les assemblées « majoritaires », qui ont longtemps été la règle, ont préempté les voix qui les avaient portées au Palais Bourbon. Cette modalité a été admise jusqu’à la fin du vingtième siècle, date à laquelle, surtout à gauche, les projets de sixième République sont apparus.
Que demandaient de telles institutions ? De la tempérance et le respect des oppositions et des corps intermédiaires. Les dirigeants nationaux, dignes de ce nom, devaient être conscients de ce qu’est le vrai environnement.
Après 2002, J. Chirac a donné le premier coup de canif à ce fragile équilibre. Élu par 80% des exprimés, il s’est conduit comme un président des Français de droite, son camp originel. Il aura été le premier à bénéficier d’un vote délégataire.
Qu’est-ce que cela signifie ? Notre méthodologie de désignation accentue la faculté pour un parlementaire de préempter le suffrage pour faire selon son bon vouloir, sans tenir compte de qui a simplement voté pour lui.
Sous son mandat ont percé les comportements sectaires d’un Nicolas Sarkozy. Il allait encore plus droitiser son ministère de l’Intérieur alors qu’ une très large majorité de citoyens de gauche avait la seule ambition d’éliminer J.M. Le Pen.
Depuis lors, ce principe d’accaparement des voix obtenues au second tour pour faire barrage (dans tous les camps) allait s’assimiler à un détournement pur et simple du système.
Le paroxysme avait été atteint – pensait-on – par l’aveuglement et l’inconscience d’E. Macron en 2022 qui déclare à quel point « ce vote l’oblige » et qui va pratiquer la réforme des retraites contre les ¾ des Français. La politique n’a plus été un lieu de débat pour muer en une organisation de la violence par les élites.
Les élus en place n’ont plus aucune légitimité populaire. Ils sont en poste grâce à un mode de désignation déviant. Pire, ils deviennent méprisants envers ceux qui les ont pourtant portés dans les urnes. Les propos échappent à toute rationalité. La folie langagière aura atteint un pic avec G. Attal et E. Macron qualifiant d’extrémistes tous ceux qui ne pensent pas comme eux.
Ne serait-ce que par leur comportement qui aura été le plus extrême durant cette dernière période.
Et maintenant, après ce second tour où l’élite macronienne est mécontente de ce peuple qui vote si mal, comment recommencer le coup du traité européen et faire avaler à des citoyens qui ont opté pour le contraire des choix élyséens ?
On ne peut être que sidéré par les députés Renaissance qui continuent à vilipender la gauche comme étant une extrême gauche. Sans les suffrages de celle-ci, les 2/3 d’entre eux ne seraient pas des parlementaires aujourd’hui.
Originaire du Tarn, dont le conflit très médiatisé autour du chantier de l’autoroute A69, j’ai assisté à ce second tour extraordinaire dans cette circonscription. Le candidat LR-RN, G. Carayon, arrivait premier avec plus de 43%, imperdable. Leader des jeunes républicains, il bénéficiait en plus d’une couverture nationale face au sortant Renaissance J. Terlier, distancé de plus de 10.000 voix. Le candidat du NFP (Nouveau Front Populaire) appartient à LFI et est une cheville ouvrière importante du mouvement contre l’A69. Le député est, quant à lui, la tête de proue des proautoroutes. Inutile de dire à quel point le rallié à cause d’extrême droite paradait sur les plateaux télé le 30 juin tant il était sûr de sa future victoire.
Mais ici comme partout en France, la gauche a appelé très clairement à faire barrage et à voter pour les prétendants en face du RN et consorts. Les chiffres de l’IPSOS publiés par Libé indiquent que 72% des voix du NFP se seraient reportés sur les candidats Ensemble au second tour. Dans le sud-ouest du Tarn, ce sont plus de 80% d’entre eux, très majoritairement contre l’autoroute. Pourtant, ceux-ci avaient été traités d’extrémistes, de terroristes et de dangereux anti-républicains. Comment doit se comporter J. Terlier, réélu ? Selon son âme et conscience ou selon la diversité de ceux qui l’ont choisi ?
Il ne peut y avoir de réponse à cette question. Le problème n’est pas inhérent à ce coin de France. C’est le système institutionnel du pays qui est en panne et est devenu dangereux.
Si l’on souhaite un régime parlementaire, il est urgent de mettre en place la proportionnelle. Les opposants à cette option disent : « mais regardez, nous avons une assemblée qui est assez proche d’une telle représentation et ça ne marche pas ! ». Or, ce n’est pas pour cette raison que cela dysfonctionne, c’est la conséquence du mode de désignation électoral qui pousse chaque député à uniquement satisfaire sa base pour passer un premier tour et espérer un second ou les concurrents éliminés apporteront un soutien salvateur. Le système actuel corrompt la faculté de jugement. Les députés ont la faculté à pouvoir l’instaurer.
Ou, dans le droit fil des questionnements de Condorcet, il faudrait se réinterroger sur le tirage au sort pour se débarrasser d’une aristocratie, fut-elle issue des urnes ?
Il est urgent d’en finir avec ce système délégataire qui nous éloigne de toute démocratie.


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